Chapitre 3

Vendredi 26 septembre

Il était seize heures trente quand le portable de Guilhem sonna pour annoncer l’arrivée des gendarmes. Les deux hommes sortirent sur la place du village pour les accueillir. La Dacia Duster se gara à côté du C15 et deux fonctionnaires en sortirent, un homme corpulent d’une cinquantaine d’années, portant des galons d’adjudant, accompagné d’une jeune femme d’allure sportive, avec les trois barrettes obliques de maréchal des logis chef.

L’homme se présenta comme l’adjudant Moncade, la femme comme Juliette Florent, en ne précisant pas son grade.

— Guilhem Alric, c’est moi qui vous ai appelés.

— Et moi, c’est Miquel Pujol, je suis l’ancien maire d’Arfons. Je connais à peu près tout le monde ici.

— Très bien, répondit l’adjudant, ne perdons pas trop de temps, la nuit va bientôt tomber. Montrez-nous le chemin.

— Je vous accompagne, proposa Pujol, comme je vous l’ai dit, je connais beaucoup de monde, je reconnaitrai peut-être l’individu.

— C’est un homme, précisa Guilhem, mais moi je crois que je ne l’ai jamais vu.

Guilhem sortit du village par la route des Escudiès, puis quitta le bitume au niveau du Plo del May. Il roula encore quelques centaines de mètres sur un chemin défoncé avant de s’arrêter.

— Nous y sommes, déclara Alric aux deux gendarmes. Le corps se trouve un peu plus haut.

— Allons-y !

Quelques minutes plus tard, Guilhem indiqua les marques qu’il avait laissées.

— C’est là, j’ai marqué l’endroit. C’est mon chien qui l’a trouvé, moi j’aurais pu passer à côté sans rien voir.

— C’est vous qui l’avez dégagé ? demandé l’adjudant.

— Oui, Marti, mon chien, tournait autour en grognant, j’ai voulu voir ce qui le perturbait. Au début j’ai pensé à une charogne d’animal, abandonnée par des chasseurs, mais quand j’ai vu la main, j’ai voulu en savoir un peu plus, puis je suis descendu pour vous prévenir.

— Juliette, descends à la voiture et appelle la brigade, qu’ils préviennent le procureur et les techniciens.

— Il n’y a pas de réseau ici !

— La radio fonctionne très bien, ne vous inquiétez pas.

Miquel Pujol était resté un peu en retrait. Il s’approcha pour examiner le cadavre.

— Vous le reconnaissez ? demanda Moncade.

— Non, ce n’est pas facile avec tous ces asticots, mais je ne crois pas avoir vu cet homme auparavant, et ses vêtements ne me disent rien, ce n’est pas une tenue courante par ici.

Guilhem regarda plus attentivement le corps toujours partiellement couvert de feuilles. L’homme portait une veste de costume sombre, sur une chemise bleue imprimée de petits motifs floraux fermée par une cravate tricotée verte. Pujol avait raison, cette ensemble n’était pas banal.

— Je vous remercie, mais je n’aurai plus besoin de vous maintenant. Vous pouvez regagner vos domiciles. Laissez juste vos identités complètes et adresses à ma collègue en descendant.

— Vous nous tiendrez au courant, demanda l’ancien maire ?

— Ce n’est pas prévu dans la procédure, mais je pense que vous aurez prochainement des nouvelles en lisant la Dépêche.

Les deux hommes se regardèrent un instant, dépités, puis se conformèrent aux directives du gendarme. Arrivés au niveau des voitures, ils se dirigèrent vers la Dacia où la jeune femme était affairée sur un ordinateur encastré dans le tableau de bord.

— Votre chef nous a demandé de vous laisser nos coordonnées et de redescendre.

— Oui, je vais noter vos noms et adresses et on vous contactera si nous avons besoin d’informations complémentaires.

— Qu’est-ce qui va se passer maintenant ? demanda Guilhem.

— Une équipe de techniciens vient de se mettre en route, mais il va leur falloir un peu de temps, ils viennent de Toulouse. Le parquet de Castres a été informé, le procureur enverra sûrement quelqu’un, le médecin légiste va aussi se déplacer pour faire les constatations, puis le corps sera envoyé à l’institut médico-légal pour autopsie. Ça va prendre un peu de temps, on est là pour une partie de la nuit.

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